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Globe trotter

Je m'ennuie des grands espaces de la Nouvelle-Zélande, l'idyllique pays d'un bonheur consumé. J'étais plutôt jeune, les cheveux courts, une silhouette de nymphette amusée, en main l'ouvrage de Noémie Klein No logo et au coeur la fougue jouvencelle de mes dix neuf ans ! Qu'il est doux le spasme de vivre ! J'ai beau savoir que le souvenir n'est qu'une figure du désir, je ne peux m'empêcher de croire à l'illusion d'un bonheur passé.
J'en conclus que tout bonheur, fut-il matérialisable, est un bonheur passé. L'avenir, lui, n'est qu'une autre face du désir et du souvenir qui conspirent à l'usurpation des faveurs de la réalité. Sans cette conspiration, il n'y aurait sans doute ni fantasme ni même rêverie et ainsi, je ne rêverais d'aucune immensité. Mais c'est le présent qui me manque le plus cruellement. Bientôt j'irai !
J'en conclus que tout bonheur, fut-il matérialisable, est un bonheur passé. L'avenir, lui, n'est qu'une autre face du désir et du souvenir qui conspirent à l'usurpation des faveurs de la réalité. Sans cette conspiration, il n'y aurait sans doute ni fantasme ni même rêverie et ainsi, je ne rêverais d'aucune immensité. Mais c'est le présent qui me manque le plus cruellement. Bientôt j'irai !
Un monde parfait
Les photos ne sont jamais actuelles ni articulées. Elles masquent par le cadre et leur fixitude, l'écoulement organique, la fébrile et ineffable dynamique du vivant. Ne s'y dévoile ni âme ni matière, à peine peut-on distinguer la texture profonde de la chair. Le film, qui est une série de photographies, paraît en ce sens plus honnête. Il est plus honnête parce qu'il ne s'arrête en quelque sorte jamais. Il peut ne jamais s'arrêter. Il peut suivre infiniment. Il ne masque pas moins une partie du réel par un cadre et par des qualités physiques qui métamorphosent la relation phénoménologique du sujet à l'objet, car à la vérité, l'objet n'y est que représenté. C'est aussi ce qu'un extrémiste pourra reprocher au film : un évident manque de réalisme, un manque d'authenticité ! Mais je demande, à présumer que ce soit le désir qui fabrique les structures : que serait l'éternelle reproduction des massacres sans le cinéma ? On ne peut pas en espérer la cessation des guerres, mais il est à ce point possible de quitter la réalité grâce au film, qu'il devient tentant de rêver d'un monde parfaitement inhumain. Je ne peux que positivement affirmer mon enthousiasme pour l'avenir des multimédias qui, par tous les chemins admissibles, pourront modifier notre perception du monde au point de combler tous les désirs virtuellement. L'espèce peut-être va périr. Eh bien ! Soit !
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